Lors de sa conférence, Jean Charest dédie ses premiers mots à sa conjointe, Michèle Dionne, sa source d’inspiration et modèle. Il raconte qu’il ne faut surtout pas dire que «derrière chaque grand homme se cache une femme», car son épouse est son égale, certainement pas son ombre. Mais Jean Charest souligne quand même, dans une série de généralités caricaturées, les différences entre les femmes et les hommes. En bref, selon l’ex-politicien, les femmes gagneraient à demander plus d’aide et à se trouver un mentor. Il est lui-même mentoré et mentor de deux personnes qui ont eu l’audace de l’approcher.

C’est le gouvernement Charest qui adopte, en 2006, une loi obligeant la parité aux conseils d’administration (CA) de 22 sociétés d’État. «On est élu pour ça, pour corriger ces choses-là», affirme Jean Charest, qui voyait une injustice dans la sous-représentation des femmes alors que personne n’avait encore demandé la parité. Il n’est donc pas surprenant que Jean Charest soit aujourd’hui administrateur au CA paritaire de l’agence de publicité Publicis, présidé par Élisabeth Badinter, «féministe et philosophe».

Mais c’est de son cabinet paritaire de 2007 et de ses «Johnny’s Angels» (en référence à Charlie’s Angels ou Charlie et ses drôles de dames) que Jean Charest parle avec la plus grande fierté: sa vice-première ministre Nathalie Normandeau, Monique Jérôme-Forget qui tenait les cordons de la bourse de l’État, Yolande James qui a marqué l’histoire comme première personne noire à faire partie du Conseil des ministres du Québec, la «sous-estimée» Monique Gagnon-Tremblay, Michelle Courchesne, Lise Thériault, Line Beauchamp, Julie Boulet. Pour arriver à la parité, il lui aura fallu déployer des efforts dès l’an 2000 et ses volontés politiques ne plaisaient pas à tous. «On m’a reproché de faire de la discrimination», se souvient Jean Charest, alors qu’il cherchait à voir ses candidates dans des circonscriptions «prenables», là où elles avaient une chance de l’emporter. Des efforts qui n’auront toutefois pas été suffisants pour retenir les femmes en poste puisque leur représentation a souffert dès 2009, après un remaniement ministériel et une série de démissions.

Jean Charest se félicite aussi pour la mise en place du Régime québécois d’assurance parentale pour éliminer les politiques qui «piègent les femmes à rester à la maison» et le programme de soutien aux enfants pour aider les familles avec des revenus modestes. Le taux de natalité a augmenté par la suite, faisant de lui le «père de la nation», lance-t-il à la blague. Jean Charest avoue toutefois ne pas avoir réussi à mettre en place une initiative pour les personnes seules.

Depuis qu’il a quitté la vie politique, Jean Charest est associé de la firme d’avocats McCarthy Tétrault où il souhaite continuer à contribuer à l’avancement de l’égalité dans le milieu des affaires. «Au niveau de la diversité, notre bureau a été reconnu pour les efforts que nous avons faits et ce n’est pas terminé, détaille-t-il en entrevue. Nous avons entre autres favorisé un milieu de travail qui permet aux femmes de faire le choix d’avoir une famille, des enfants, des heures de travail raisonnables, d’être promues, d’être reconnues pour les talents qu’elles ont. De ne pas caser les femmes dans des emplois de deuxième niveau, c’est un grand défi pour le milieu juridique. Les gens en sont conscients. Et ça n’inclut pas uniquement les femmes, ça inclut également les questions des LGBT dans nos bureaux. Je trouve ça encourageant parce que ça me dit que les gens savent qu’on doit poser des gestes pour favoriser l’égalité.»

Louise Fréchette, pour les quotas

Dans une entrevue dirigée par la fondatrice de la Gouvernance au féminin, Caroline Codsi, les participantes en ont appris un peu plus sur le parcours de Louise Fréchette. Présidente du conseil d’administration (CA) de CARE Canada, Mme Fréchette siège aussi au CA de la société française Essilor après avoir été vice-secrétaire générale des Nations Unies de 1998 à 2006. Louise Fréchette est persuadée que les quotas instaurés en France lui ont permis d’accéder au CA d’Essilor. Elle croit que, pour augmenter la présence des femmes aux CA, il faut exercer une pression sociale ou mettre en place une réglementation pour obliger les entreprises à inclure des femmes, mais également des personnes issues de l’immigration et des jeunes. Mme Fréchette a profité de l’occasion pour critiquer sévèrement le gouvernement canadien pour sa position sur les migrants et les réfugiés syriens. «C’est scandaleux!» s’est-elle exclamée avant d’inviter les gens présents à faire preuve de solidarité.

De l’inspiration aux mentors

«Le but de la soirée est d’inspirer les femmes et de leur faire prendre conscience que même les hautes fonctions dans le monde public ou dans le monde privé peuvent être comblées par des femmes, explique Caroline Codsi, en entrevue. Louise Fréchette a partagé sa façon d’y parvenir et je pense qu’elle a inspiré les femmes à vouloir se dépasser, à faire des choses qui semblent hors de leur zone de confort. En ce qui concerne M. Charest, l’objectif était de faire prendre conscience aux gens jusqu’à quel point cet ancien premier ministre a fait des choses pour les femmes, ils n’en sont pas toujours conscients ou oublient ce qu’il a fait de bon. Alors je voulais lui donner une tribune [parce que] quand des hommes comme lui ont le courage de mettre en place des politiques pour encourager les femmes, le monde bouge.»

La Gouvernance au féminin a profité de l’occasion pour annoncer le lancement d’un programme de mentorat qui aura lieu cet hiver. Quinze mentors et mentorées ont déjà été identifiés pour un projet pilote qui devrait, s’il connaît le succès espéré, prendre de l’ampleur dans les années à venir.